La politique pour l'emploi de la langue française


Le bilan des actions lancées il y a un an

La sensibilisation à la langue française et à ses enjeux est un élément important de la politique pour l'emploi de la langue française. Dans la communication qu'il a faite devant le Conseil des ministres, il y a un an, le ministre de la culture avait fixé trois objectifs à cette politique : assurer la présence et le rayonnement du français, lui conserver son rôle de langue de communication internationale, préserver la diversité culturelle et linguistique par la promotion du plurilinguisme.

Il avait présenté, à cette occasion, un plan comportant une série de mesures. Toutes ces mesures ont été mises en oeuvre ou engagées, qu'il s'agisse, par exemple, de la désignation de conseillers chargés la langue française dans les directions régionales des affaires culturelles afin d'assurer à la politique pour l'emploi de la langue française le plus large écho sur l'ensemble du territoire national, de la mise en place d'un nouveau dispositif d'enrichissement de la langue française ou du soutien à la traduction simultanée dans les colloques internationaux.

L'observatoire de la langue française, créé il y a un an et dont la présidence a été confiée à M. Yves Berger, a lancé plusieurs études et diffusera prochainement une information régulière sur l'emploi de la langue française dans divers domaines d'activité. Son président a été chargé de faire un rapport sur la place du français au Jeux olympiques d'Atlanta.

Une mission d'observation a également été confiée par le ministre de la culture à l'Académie des sciences en ce qui concerne la situation des publications scientifiques en langue française.

L'ensemble de ces observations sera le guide de l'action des pouvoirs publics.


Les thèmes d'actions majeurs

A partir de ces actions et en conservant les mêmes objectifs, le ministre de la culture a décidé de mettre l'accent sur trois sujets essentiels :


A - La maîtrise de la langue française et le rôle de la langue française dans la cohésion sociale

La maîtrise de la langue française est déterminante pour l'épanouissement personnel, la réussite scolaire, l'insertion sociale et professionnelle. Si l'apprentissage et la maîtrise de la langue française sont d'abord une responsabilité de l'école, et le ministre de l'éducation nationale en a fait un objectif fondamental de sa politique, les actions de promotion et d'éducation à tous les niveaux devraient comporter des interventions adaptées concernant la maîtrise du français ;

Des actions expérimentales en ce sens sont conduites dans plusieurs centres de formation d'apprentis à l'initiative de la délégation générale à la langue française, grâce au soutien apporté par le groupement interprofessionnel GIMAC qui y affecte une partie de sa taxe d'apprentissage ; d'autres sont prévues dans des universités d'été. Des travaux sur le développement du langage chez les enfants sont également aidés.

La maîtrise du français et l'insertion des immigrés ont été retenus comme thèmes nouveaux de la coopération franco-québécoise. Une réflexion sur la maîtrise du langage technique va être organisée cet automne par les organismes chargés de la langue français du Québec, de Belgique, de Suisse et de France.

La maîtrise du français est un élément de la lutte contre l'exclusion qui est au centre des préoccupations du ministre de la culture. Le lancement d'actions nouvelles ou l'élargissement d'actions existantes consacrées à ces questions constituent la mission prioritaire confiée aux directions régionales des affaires culturelles par le ministre en ce qui concerne la langue française.


B - L'incidence de l'environnement international sur l'emploi du français

L'internationalisation des échanges politiques, économiques et culturels impose de veiller à la présence du français dans les circonstances où l'ouverture des frontières comme le jeu des lois économiques risqueraient de le faire reculer.

Il est du devoir de l'État d'intervenir pour jouer un rôle régulateur. Son action repose sur un ensemble d'instruments :

  • 1. La loi du 4 août 1994

    La loi du 4 août 1994 est l'instrument essentiel. Elle prévoit la présence obligatoire du français, sans exclure celle d'autres langues, dans un certain nombre de circonstances où son absence porterait préjudice à nos concitoyens : information du consommateur, protection du salarié, annonces et inscriptions dans les lieux publics.

    Le dernier rapport annuel adressé au Parlement montre que le bilan de l'application de la loi est satisfaisant. Cela est dû aux efforts conjoints des services chargés de cette application et aux associations agréées, mais aussi aux entreprises elles-mêmes qui pratiquent de plus en plus souvent un auto-contrôle. Toutefois des difficultés subsistent en ce qui concerne les colloques internationaux et l'informatique.

  • 2. Les mesures d'accompagnement

    Des mécanismes d'accompagnement de la loi ont été mis en place pour favoriser l'emploi du français.

    - Pour assurer le plurilinguisme et la présence du français dans les manifestations et colloques internationaux qui se tiennent sur le territoire national, le ministre de la culture a décidé, l'année dernière, la création d'un dispositif d'aide à l'interprétation simultanée. Cette mesure répond à une très forte demande. Dès 1996, seize manifestations, retenues après avis d'une commission et examen du dossier par un expert du secteur concerné, ont été aidées par la délégation générale à la langue française.

    - La délégation générale à la langue française, en concertation avec le Centre national du livre et la direction de l'information scientifique, des technologies nouvelles et des bibliothèques du ministère chargé de la recherche, continue d'apporter son soutien à un certain nombre de publications scientifiques. La mission confiée par le ministère de la culture à l'Académie des sciences devrait permettre de mieux cerner les secteurs et les revues qu'il conviendrait d'aider en priorité.

    Enfin la délégation générale développera ses actions pour favoriser l'utilisation du français par les étudiants et chercheurs étrangers qui séjournent en France.

  • 3. Le rôle des services publics

    L'action de l'État pour l'emploi du français repose largement sur les agents publics qui jouent un rôle privilégié par leurs initiatives et leur exemplarité et qui sont conscients de leurs responsabilités. Les agents publics sont chargés d'appliquer et de faire appliquer la loi de 1994 qui comporte des obligations spécifiques à leur égard. Grands producteurs de textes, ils emploient les mots retenus par les commissions de terminologie ; leurs achats et commandes pèsent sur la présence du français ; en contact permanent avec le public, les enseignants et les formateurs, il sont des acteurs majeurs de la cohésion sociale ; enfin, ils représentent la France au niveau international. Des correspondants " langue française " ont été désignés dans tous les ministères pour assurer la mise en oeuvre des diverses instructions relatives à l'emploi du français.

    Un groupe permanent interministériel de hauts fonctionnaires, mis en place l'année dernière, à l'occasion du rattachement de la délégation générale à la langue française au ministère de la culture, assure le suivi et la mise en oeuvre de la politique du Gouvernement pour l'emploi de la langue française. Il se réunit régulièrement, sous la présidence du délégué général à la langue française et constitue une instance de veille, de concertation et de proposition.


    C - Les perspectives pour l'avenir

    L'avenir du français, c'est qu'il demeure capable de tout dire, c'est son rayonnement dans une Europe résolument plurilingue, c'est sa présence et celle du plurilinguisme dans les nouveaux moyens de diffusion de l'information.

  • 1. L'enrichissement de la langue française

    Le Premier ministre a installé, il y a quelques semaines, la Commission générale de terminologie présidée par M. Gabriel de Broglie. Il a rappelé à cette occasion que nous assistons depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale à une explosion des vocabulaires et que la terminologie scientifique, technique, économique et juridique est capitale pour que le français continue d'être présent dans ces disciplines en France, à l'étranger et dans les organisations internationales.

    Le nouveau dispositif pour l'enrichissement de la langue française, prévu par le décret du 3 juillet 1996, s'inscrit dans l'esprit qui marque la démarche du Gouvernement pour la réforme de l'État. Il prévoit que l'État joue un rôle d'impulsion et de diffusion des travaux d'enrichissement de la langue française et qu'il montre l'exemple en faisant obligation à ses propres services d'employer les mots nouveaux.

    Mais l'État ne décide pas du choix des termes. La compétence en ce domaine est donnée à la Commission générale de terminologie et à l'Académie française.

    La Commission spécialisée du ministère de la culture va être créée dans les jours qui viennent. Sa présidence vient d'être confiée au linguiste Alain REY.

  • 2. Le plurilinguisme en Europe

    Le respect de la diversité culturelle et linguistique est essentiel pour la construction de l'Europe et la Communauté européenne a fréquemment marqué son attachement à ce principe.

    La France a fait de la promotion du plurilinguisme une de ses priorités en accompagnement de son engagement pour sa propre langue, et a traduit cette priorité dans les faits :

    La loi de 1994 a prévu que les inscriptions et annonces effectuées par des personnes publiques doivent être présentées en au moins deux autres langues lorsque leur traduction est jugée utile. Les musées, les monuments historiques, mais aussi la SNCF et la RATP se montrent particulièrement attentifs au respect de ces dispositions. Le plurilinguisme constitue l'un des volets de la politique d'accueil des touristes étrangers en France.

    La loi fait de la maîtrise du français et de la connaissance de deux autres langues l'un des objectifs essentiels de notre système éducatif. A la rentrée 1998, l'apprentissage d'une seconde langue sera généralisé à l'ensemble des élèves de 4ème.

    Cependant, et notamment dans l'enseignement primaire, l'éventail des langues le plus souvent choisies par les élèves et les familles est encore trop resserré. Nous devons continuer à expliquer à nos concitoyens que la maîtrise de plusieurs langues est un atout à la fois professionnel et culturel et une nécessité pour bénéficier pleinement de toutes les ressources de l'Europe unie. Nous devons également réfléchir avec nos partenaires à la manière dont les Européens pourraient apprendre au moins deux langues en plus de leur langue maternelle, dans le système scolaire mais aussi dans le cadre de la formation continue ou des loisirs, par des méthodes diversifiées, et ce à tous moments de leur vie.

    Le ministère de la culture encourage les réflexions et les actions de sensibilisation sur ce thème. Il va également soutenir des expériences innovantes qui visent à rendre plus attrayante et plus diversifiée l'offre de langue vivante, tel un projet qui associe les langues et le thèâtre.

  • 3. Le français et le plurilinguisme dans la société de l'information

    Nos concitoyens doivent bénéficier des chances offertes par les technologies de l'information et de la communication ; la France et le français doivent être présents sur les nouveaux réseaux.

    Dans le cadre de la politique globale du Gouvernement, le ministère de la culture conduit des actions adaptées pour favoriser la présence du français.

    - Il veille d'abord à lever les obstacles qui freinent la présence du français et des autres langues.

    Il reste encore des obstacles techniques au respect des caractéristiques du français et des langues européennes. Pour y remédier, il convient de favoriser la présence d'experts francophones dans les instances internationales de normalisation et de standardisation, et de sensibiliser à ces questions les utilisateurs de l'internet.

    L'autre obstacle majeur, c'est l'insuffisance des ressources linguistiques en français et dans d'autres langues - grammaires et surtout lexiques, dictionnaires et corpus de textes ou de paroles informatisés - dont les industriels ont besoin pour réaliser des outils de traitement linguistique : interfaces vocales, aide à la traduction, outil de tri et de synthèse de l'information. Ces ressources sont peu nombreuses, et rarement disponibles, pour le français comme pour la plupart des langues européennes. L'Union européenne vient d'adopter à ce sujet le programme " Multilinguisme et société de l'information.". Le ministère de la culture aidera les opérateurs français susceptibles d'y participer, notamment pour la constitution de ressources terminologiques.

    - Le ministère de la culture souhaite également rendre plus facile l'utilisation des nouvelles technologies. A cette fin, il continuera de soutenir la création d'outils adaptés pour rechercher aisément, en français, l'information existant sur l'internet. En outre, il favorisera l'accès à ces technologies en les mettant à disposition dans des lieux ouverts au public, notamment à la Bibliothèque publique d'information et dans des associations accueillant des jeunes.

    Enfin le ministère de la culture va augmenter son aide à la création et la diffusion de contenus en français attractifs. Les mécanismes de soutien aux entreprises oeuvrant dans ce secteur ont été renforcés. La Bibliothèque nationale de France va poursuivre un programme de service à distance permettant de diffuser dans le monde des documents sur la culture française.

    ***

    La langue et les mots sont un miroir de la société. C'est pourquoi la sensibilisation à la langue française est si importante. Dans notre pays, ce miroir reflète une image de la France fidèle à elle-même et à ses valeurs qui permet d'être optimiste pour l'avenir. Dans une enquête récente, des enfants de 8 à 14 ans, auxquels on demandait de dire quels étaient pour eux les plus beaux mots de la langue française, ont unanimement cité, avant tout autre, les mots AMOUR et AMITIÉ. Tout de suite après ils ont choisi : LIBERTÉ, PAIX, ÉGALITÉ, puis FRATERNITÉ, manifestant ainsi leur attachement aux valeurs les plus fortes qui nous rassemblent.


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