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Une langue n’est pas une entité
figée et fixée une fois pour toutes. Fruit d’une évolution
millénaire, elle bouge à tout moment, et c’est ce
mouvement permanent qui peu à peu transforme son lexique. Pour
désigner les réalités nouvelles, le français
incorpore de nouveaux mots - ce sont les néologismes - créés
à partir du français ou empruntés aux langues étrangères.
Dans les domaines techniques et scientifiques, toutefois, les données
sont différentes et d’une toute autre ampleur : les professionnels
emploient des mots ou des expressions très précis, des termes,
qui se dénombrent en millions (par comparaison, un dictionnaire
de la langue générale compte 50 000 à 100 000 mots
au maximum) et, chaque année, des milliers de notions et de réalités
nouvelles apparaissent, qu’il faut pouvoir désigner. En effet,
les professionnels doivent pouvoir communiquer dans leur langue de façon
précise, les traducteurs traduire correctement en français
les textes techniques des différents domaines. Pour qu’une
langue demeure vivante et soit en mesure d’exprimer le monde moderne
dans toute sa diversité et sa complexité, la néologie
est donc un impératif.
L’enjeu est particulièrement important pour notre
langue, puisque le français est langue officielle et langue de
travail de la plupart des organisations internationales, ce qui implique,
en particulier, que les traducteurs de ces organisations puissent disposer,
dans des domaines spécialisés, de tous les termes correspondants.
Certes, le français est bien vivant et l’adaptation
de son vocabulaire aux évolutions du monde contemporain se fait
en grande partie de façon spontanée, dans les laboratoires,
les ateliers ou les bureaux d’étude. Mais pour éviter
que, dans certains domaines, les professionnels ne soient obligés
de recourir massivement à l’utilisation de termes étrangers,
l’adaptation du vocabulaire doit être encouragée, facilitée
et coordonnée. C’est pourquoi, depuis plus de trente ans,
les pouvoirs publics incitent à la création, à la
diffusion et à l’emploi de termes français nouveaux.
Œuvrer à l’élaboration d’une terminologie
de référence, conforme aux règles de formation des
mots de notre langue, et la mettre à la disposition des professionnels
et du public, telles sont les missions du dispositif d’enrichissement
de la langue française mis en place par le décret du 3 juillet
1996.
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Certains
termes nés dans les commissions ont rapidement franchi les
frontières des langues de spécialité pour s’imposer
auprès du grand public. Parmi les termes de création
ancienne on peut citer logiciel,
proposé par la commission de l’informatique dès
1970. Il est formé avec le suffixe -iel de matériel,
traduction de l’anglais hardware. Ainsi le français
s’est-il doté d’un équivalent au mot software,
dont l’espagnol ou l’italien, par exemple, sont aujourd’hui
dépourvus.
De même, dans le domaine économique, deux termes ont
été proposés pour une pratique de soutien à
des projets, venue principalement des États-Unis, aujourd’hui
courante en France. Au sponsorship on a substitué
en français deux termes : mécénat
et parrainage, le premier
étant plus de l’ordre du don, le second impliquant une
contrepartie.
Puce a été
créé comme équivalent du terme anglais chip,
que l’on commençait à voir apparaître en
informatique. Court et imagé, puce n’a
pas eu de peine à s’implanter dans le grand public. De
même l'usage de cédérom
s'est très largement répandu. Ce terme
est la francisation de l'américain CD-Rom.
Dans le domaine des sports, le terme v.t.t.
(vélo tout terrain), proposé en 1990 par la commission
des sports pour désigner ce que l’anglais nomme mountain
bike, s’est également implanté sans difficulté.
On peut mentionner aussi, dans le domaine de l’automobile,
monospace, créé par la commission
des transports à partir de monocorps et espace,
comme équivalent de l’anglais minivan.
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À partir de 1970, des commissions de terminologie
étaient installées dans différents ministères
qui publiaient séparément leur terminologie au Journal
officiel.
Le décret du 3 juillet 1996
La loi de 1975, dite loi Bas-Lauriol, prévoyait
que les termes publiés au Journal officiel dans le cadre du décret
sur l’enrichissement de la langue française de 1972 devaient
être obligatoirement utilisés chaque fois que l’emploi
du français était rendu obligatoire par cette même
loi (étiquetage, publicité…) ainsi que par les organismes
de télévision et de radiodiffusion. En 1994, les dispositions
analogues du texte initial de la loi du 4 août 1994 (dite loi Toubon)
relative à l’emploi de la langue française furent
annulées par le Conseil constitutionnel car jugées contraires
à la liberté d’expression. Le Conseil a considéré
que l’État pouvait s’obliger à utiliser certains
termes mais ne pouvait, sans méconnaître l’article
11 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen,
imposer l’usage de ces termes aux personnes privées ni aux
organismes de radiodiffusion et de télévision.
La décision du Conseil constitutionnel impliquait une refonte de
la réglementation en matière d’enrichissement de la
langue française.
Un nouveau dispositif fut créé par le décret
du 3 juillet 1996 relatif à l’enrichissement de la langue
française. Ce dispositif se caractérise par la place en
retrait assignée à l’État, et par le rôle
éminent confié à de nouveaux acteurs : la Commission
générale de terminologie et de néologie et l’Académie
française, et par la mise en œuvre de nouveaux moyens d’action
et de diffusion.
Le décret concerne la production et la diffusion de la terminologie
officielle :
- Dans chaque département ministériel, des
commissions spécialisées de terminologie et de néologie,
composées majoritairement d’experts du domaine, fonctionnaires
ou bénévoles, sont chargées d’assurer la
veille néologique, c’est-à-dire « d’établir
l’inventaire des cas dans lesquels il est souhaitable de compléter
le vocabulaire français, compte tenu des besoins exprimés
». Elles proposent ensuite les termes et expressions nécessaires,
notamment équivalents des termes et expressions étrangers,
accompagnés de leur définition, à la Com-mission
générale de terminologie et de néologie. Celle-ci
examine les termes, expressions et définitions dont elle est
saisie par les commissions spécialisées, en veillant à
leur harmonisa-tion et à leur pertinence, et recueille l’avis
de l’Académie française. Elle transmet au Journal
officiel, pour publication, les termes et définitions qui ont
reçu l’accord de l’Académie française,
sous réserve que le ministre concerné n’y ait pas
formulé d’objection.
- Une fois publiés au Journal officiel de
la République française (rubrique Avis et communications),
les termes et définitions adoptés par la Commission générale
de terminologie deviennent d’un emploi obligatoire, à la
place de termes et expressions correspondants en langue étrangère,
pour le service de l’État et ses établissements
publics, ainsi que dans les cas prévus par les articles 5 et
14 de la loi du 4
août 1994 relative à l’emploi de la langue française.
Les termes publiés au Journal officiel sont également
publiés au Bulletin officiel de l’éducation
nationale afin de leur assurer la plus grande diffusion auprès
des enseignants.
Le rôle et la place de l’État
L’État n’a ni vocation à décider
du choix des termes, toujours plus nombreux et spécialisés,
nécessaires aux différents métiers, ni pouvoir de
les imposer à d’autres qu’à lui-même ;
en revanche, il doit se concentrer sur des tâches plus adaptées
à ses missions modernes de service public : inciter à l’enrichissement
du vocabulaire, soutenir et coordonner l’action des différents
acteurs qui concourent à l’élaboration des néologismes,
et surtout, œuvrer à la pro- motion et à la diffusion
des ressources terminologiques ainsi mises à disposition.
L’État ne se charge pas directement des
travaux de terminologie, mais il les organise et, en tant que premier
utilisateur, leur assure la promotion indispensable :
- Il coordonne l’élaboration des listes de
termes en assurant les différentes navettes entre les commissions
spécialisées, la Commission générale et
l’Académie française : c’est le rôle
de la délégation générale à la langue
française et aux langues de France, membre de droit de toutes
les commissions, et à qui le décret confie en outre le
secrétariat de la Commission générale de terminologie
et de néologie.
- Il assure la diffusion. Il a pour tâche de veiller
à ce que les administrations, les professionnels, et, plus largement,
le public soient informés des nouveaux termes recommandés.
Il lui appartient de montrer l’exemple et d’inciter tous
les partenaires à l’utilisation des termes dont il a favorisé
la production. L’obligation d’utiliser les termes publiés
au Journal officiel étant restreinte aux seuls services de l’État
et à ses établissements publics (article 11 du décret),
les pouvoirs publics comptent sur l’effet d’entraînement
d’une telle mesure, bien au delà de l’État.
Le réseau
Les
commissions spécialisées de terminologie et de néologie
Le décret du 3 juillet 1996 impose la création
d’une commission dans chaque ministère. Chaque commission
est composée de vingt à trente membres et réunit
des représentants des différents services du ministère
concerné ainsi que des personnalités extérieures.
Ces dernières sont choisies parmi les professionnels du secteur
(représentants des entreprises, des associations, journalistes
spécialisés…) et parmi les spécialistes de
la langue : traducteurs, terminologues, linguistes, écrivains,
etc. Ces commissions sont au cœur du travail terminologique. Elles
sont chargées d’assurer, dans leur secteur de compétence
(agriculture, culture, défense, économie et finances, éducation,
industrie automobile, industrie pétrolière, informatique,
ingénierie nucléaire, justice, santé, sciences et
techniques spatiales, télécommunications, transports, etc.),
la mission primordiale de veille néologique, c'est-à-dire
de repérer les nouveautés en matière de techniques,
de produits, ou de notions qui nécessitent un travail de désignation
ou de définition, et de proposer un équivalent français
aux termes d’origine étrangère.
Elles sont, en outre, compétentes pour toute question intéressant
la langue française dans l’administration auprès de
laquelle elles sont placées.
Pour assurer le suivi du travail et la préparation des séances,
les commissions bénéficient de deux appuis au sein de l’administration
où elles sont implantées : un haut fonctionnaire de terminologie
et un service désigné pour l’assister, notamment pour
les tâches de secrétariat et la diffusion des travaux.
La Commission
générale de terminologie et de néologie
C’est l’élément central du
dispositif . Placée auprès du Premier ministre et présidée
par une personnalité qualifiée, elle coordonne l’ensemble
du réseau et assure la liaison avec l’Académie française
; elle examine les termes en veillant à leur harmonisation et procède
à leur publication.
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La Commission générale
de terminologie et de néologie
Placée auprès du Premier ministre,
c’est la clef de voûte du dispositif d’enrichissement
de la langue française.
La Commission nommée pour une durée de quatre ans
est composée de dix-neuf membres : son président,
personnalité nommée par le Premier ministre, cinq
membres de droit dont le Secrétaire perpétuel de l’Académie
française et treize person-nalités qualifiées
nommées par le ministre de la culture et de la communication
sur proposition des ministres et autorités désignées
par le décret du 3 juillet 1996.
M. Marc Fumaroli, de l'Académie française, Professeur
au Collège de France, a été nommé le
2 octobre 2006 président de la commission générale
de terminologie et de néologie. Il succède à
M. Gabriel de Broglie, de l'Académie française, qui
a présidé cette commission depuis sa création
et qui, du fait de sa nomination comme chancelier de l'Institut
de France, a souhaité mettre fin à son mandat.
Installée pour la première fois dans ses fonctions
par le Premier ministre le 11 février 1997 et renouvelée
le 21 février 2005, la Commission générale,
dont le secrétariat est assuré par la délégation
générale à la langue française et aux
langues de France, se réunit une fois par mois. Elle se fait
assister de nombreux experts.
Elle établit chaque année un rapport de synthèse
sur l’action menée par les administrations pour l’enrichissement
de la langue française.
Composition
de la Commission générale de terminologie
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L’Académie
française
Instance de référence pour les questions
d’usage, qui accompagne depuis plus de trois siècles les
évolutions du vocabulaire français, elle est étroitement
associée au dispositif. Elle dispose d’un représentant
à la Commission générale de terminologie et au sein
de chaque commission spécialisée. Les termes ne peuvent
être publiés au Journal officiel que si elle a formulé
un avis favorable.
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Le rôle de l’Académie française
« Faut-il rappeler que la langue que
nous parlons, que nous écrivons, est le fruit d’une
longue évolution, d’un long travail ? Faut-il rappeler
le rôle dévolu à l’Académie française
lors de sa fondation ? Par la volonté du pouvoir politique,
une assemblée de lettrés était instituée
en corps d’État, ayant pour mission d’établir
pour notre langue des « règles certaines », afin
de la rendre « pure, éloquente et capable de traiter
les arts et les sciences ». La première édition
de son Dictionnaire (1694), s’accordant aux exigences de l’âge
classique, fut une date décisive dans l’histoire de
notre langue.
Le lexique de la langue d’usage s’est considérablement
augmenté depuis lors, du fait même du développement
des techniques et des sciences, et l’Académie n’a
cessé d’ouvrir son dictionnaire à ces mots nouveaux.
En 1762, elle introduisait dans la 4e édition du Dictionnaire
le mot néologie, avec la définition suivante : «
Mot tiré du Grec, qui signifie proprement Invention, usage,
emploi de termes nouveaux. On s’en sert par extension pour
désigner l’emploi des mots anciens dans un sens nouveau,
ou différent de la signification ordinaire. La Néologie
ou l’art de faire, d’employer des mots nouveaux, a ses
principes, ses lois, ses abus. Un traité de Néologie
bien fait serait un ouvrage excellent, et qui nous manque ».
Tout est bel et bon dans cette définition, où il n’y
a rien à reprendre.
Depuis la publication, en 1972, du premier décret relatif
à l’enrichissement de la langue française, l’Académie
n’a cessé d’apporter sa contribution à
cette tâche, inspirée par le souci de préserver
la cohérence et la clarté de notre langue. Elle a
introduit dans son Dictionnaire nombre d’acceptions nouvelles
et mots nouveaux entrés dans l’usage.
Le décret du 3 juillet 1996, confirmant son autorité,
lui donne les moyens de faire connaître son sentiment, d’abord
au sein de chaque commission spécialisée, puis au
sein de la Commission générale. Au terme de la procédure,
les mots, expressions et définitions qui ont reçu
l’accord de l’Académie font l’objet d’une
publication au Journal officiel.
Il faut se féliciter de ces décisions, qui permettent
de poursuivre, en l’améliorant, l’œuvre
déjà accomplie, dans le respect des valeurs et des
vertus de notre langue ».
Maurice DRUON
de l'Académie française
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Les
partenaires scientifiques et techniques
En plus des nombreuses personnalités qualifiées
aux profils divers qui apportent aux travaux des commissions leur compétence
individuelle, qu’elle soit scientifique, technique ou linguistique,
plusieurs organismes à caractère scientifique ou technique
sont officiellement associés au dispositif et participent à
l’examen des termes et des définitions :
- L’Académie des sciences
Elle est membre de droit de la Commission générale de
terminologie et de néologie, ainsi que de toutes les commissions
spécialisées de terminologie et de néologie qui
traitent un vocabulaire à caractère scientifique.
- L’association française de normalisation
(AFNOR)
Les travaux d’enrichissement de la langue française se
font en concertation avec les travaux de normalisation internationale
menés au sein de l’AFNOR, qui est membre de droit de la
Commission générale de terminologie et de néologie
et des commissions spécialisées de terminologie et de
néologie lorsque la spécialité du vocabulaire le
justifie. Certains présidents ou membres de commissions spécialisées,
notamment dans les domaines techniques, sont également experts
au sein des comités de normalisation gérés par
l’AFNOR.
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La
normalisation internationale
Toute activité de normalisation technique
suppose un volet terminologique ; aussi les organismes internationaux
de normalisation développent-ils des travaux systématiques
et multilingues d’harmonisation terminologique.
Il convient de distinguer la normalisation de la théorie
terminologique et la normalisation des termes. Plusieurs instances
officielles différentes en sont responsables.
La normalisation
de la théorie terminologique
Le comité technique 37 de l’Organisation internationale
de normalisation (ISO) consacre ses travaux à la normalisation
des méthodes de travail et des principes de base de la terminologie.
Il élabore des normes importantes pour l’ingénierie
linguistique, notamment en matière d’échange
de données terminologiques.
La normalisation des termes
Elle incombe aux comités techniques de l’ISO, qui émettent
soit des normes de vocabulaire, soit des sections terminologiques
au sein des normes techniques qu’ils mettent au point. L’organe
de normalisation international compétent diffère selon
le domaine traité : l’ISO a la vocation la plus large,
la Commission électrotechnique internationale (CEI) établit
les normes dans le domaine de l’électricité
et de l’électrotechnique et l’Union internationale
des télécommunications (UIT) rédige des recommandations
internationales en matière de télécommunications.
Statutairement, ces trois organismes ont le français aux
côtés de leurs deux autres langues officielles, l’anglais
et l’allemand.
L’ISO regroupe 140 pays membres représentés
par leur institut national de normalisation (AFNOR en France) et
compte plus de 200 comités techniques. Elle normalise toutes
sortes de chaînes d’activité, des tatamis de
judo aux lasers, en passant par les fruits secs ou les ventilateurs
industriels.
La CEI fédère près de 200 comités d’étude,
en France, l’Union technique de l’électricité/Comité
électrotechnique français (UTE/CEF). Elle a publié
sa première version du Vocabulaire électrotechnique
international (VEI) dès la date de sa création en
1906, et l’a sans cesse révisée et complétée
depuis. Les entrées sont multilingues et contiennent des
équivalents dans les langues suivantes : anglais, français,
russe, allemand, espagnol, italien, néerlandais, polonais
et suédois.
La normalisation des techniques de l’information et de la
communication est confiée à un comité technique
commun à l’ISO et à la CEI, le JTC 1 qui a publié
une norme terminologique de plus de 4.000 termes.
Dans le domaine des télécommunications, l’UIT
a également mis au point une terminologie normalisée
de référence, disponible en six langues sur support
papier et en ligne dans la base de données TERMITE, à
l’adresse : www.itu.int/terminology/index.html.
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Le CNRS
Par l’intermédiaire de son service de néologie
et de terminologie, un laboratoire du centre national de la recherche
scientifique assiste les commissions spécialisées et la
Commission générale de terminologie et de néologie
pour la documentation terminologique.
Ce laboratoire établit régulièrement, sur les termes
examinés par les commissions, des dossiers documentaires. Y sont
incorporées, en particulier, les fiches terminologiques établies
par les organismes francophones chargés de la langue française
et présentes dans leurs banques de terminologie. Ces dossiers constituent
une base et un préalable indispensables pour les travaux d’enrichissement
de la langue française.
La coopération francophone
Le décret du 3 juillet 1996 prévoit la
collaboration des commissions de terminologie et de néologie avec
l’ensemble des partenaires francophones, dont plusieurs mènent
d’importants travaux dans ce domaine. Les grandes bases de données
terminologiques concernant le français sont, en effet, la banque
de terminologie du Bureau de la traduction du gouvernement canadien (Termium),
et celle de l’Office québécois de la langue française
(Grand dictionnaire terminologique ou GDT).
Avec leurs millions de termes respectifs, elles constituent des références
et des bases pour tout travail terminologique. Les experts, terminologues
ou traducteurs, qui participent à leur élaboration sont
associés grâce à l’internet et au travail en
réseau, au dispositif français d’enrichissement de
la langue française, de même que les spécialistes
de la Communauté française de Belgique.
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Les
dispositifs de terminologie dans les autres pays francophones
Les commissions spécialisées
de terminologie et de néologie travaillent en concertation
avec les dispositifs institutionnels en place dans les autres pays
francophones. Cette collaboration s’intensifie grâce
aux nouvelles techniques de communication.
Communauté
française de Belgique
Pour la Communauté française
de Belgique, c’est le Service de la langue française
du Ministère de la culture qui coordonne la production terminologique
et la diffusion des termes nouveaux vers les publics concernés.
Le bilan des initiatives du Service de la langue française
en la matière révèle quatre grands axes d’intervention
:
- l’inventaire des besoins et des
ressources propres à la Communauté française
;
- la stimulation de la recherche terminologique
;
- la mobilisation des acteurs (les professionnels
et les traducteurs) ;
- l’inscription dans une concertation
internationale francophone : c’est dans ce cadre que la
Communauté française de Belgique s’associe
aux travaux des commissions de terminologie françaises
en émettant des avis sur les termes proposés.
Pour mener à bien ces différentes
tâches, le Service de la langue française s’adresse
à des experts extérieurs (comme le Centre Termisti
de l’Institut supérieur des traducteurs et interprètes
de la Communauté française et le Centre de terminologie
de Bruxelles de l’Institut libre Marie Haps).
La commission « terminologie » du Conseil supérieur
de la langue française procède, le cas échéant,
à l’adaptation aux besoins de la Communauté
française de Belgique de la terminologie produite en France
par les commissions spécialisées.
Cette terminologie révisée ou adaptée est diffusée
sous la forme d'une banque de données sur le site du Service
de la langue française de la Communauté française
(www.cfwb.be/franca/bd/bd.htm).
Canada
Créé en 1934, le Bureau de la traduction s’est
doté dès 1953 d’un service de terminologie.
Celui-ci a pris son essor en 1975 avec l’acquisition du fonds
de terminologie de l’Université de Montréal,
qui a servi de point de départ à la banque de terminologie
TERMIUM® (www.termium.gc.ca).
Cette banque de données, officiellement inaugurée
en 1978, compte aujourd’hui plus de trois millions cinq cent
mille termes en anglais et en français, et plus de cent cinquante
mille termes en espagnol. Elle propose aussi plusieurs outils d’aide
à la rédaction et à la terminologie.
Le Bureau de la traduction, qui relève des Travaux publics
et Services gouvernementaux du Canada, est chargé de soutenir
le gouvernement du Canada dans les efforts qu’il déploie
pour servir les Canadiennes et les Canadiens et pour communiquer
avec eux dans la langue officielle de leur choix. Il s’acquitte
de cette mission en fournissant des produits et des services de
traduction, d’interprétation et de terminologie au
Parlement, aux tribunaux, aux ministères et aux organismes
fédéraux dans les deux langues officielles (français
et anglais) ainsi que dans d’autres langues, au besoin. Il
a aussi pour mandat de normaliser la terminologie du gouvernement
fédéral, ce qui l’amène à collaborer
avec divers partenaires, comme les universités, les autres
administrations publiques du Canada et les organismes internationaux.
Il entretient par exemple des rapports dynamiques avec les commissions
de terminologie françaises ainsi qu’avec la Commission
générale de terminologie et de néologie.
Québec
L’Office québécois de la langue française
(www.oqlf.gouv.qc.ca)
est un organisme d’État dont la mission est tracée
par la Charte de la langue française et les règlements
qui en guident l’application. En vertu de la Charte, il a
la responsabilité de veiller à ce que le français
soit la langue habituelle du travail, des communications, du commerce
et des affaires dans l’Administration et les entreprises.
Le travail de recherche terminologique et linguistique ainsi que
l’officialisation linguistique constituent les deux aspects
de la mission conférée à l’Office :
- définir et conduire la politique québécoise
en matière d’officialisation linguistique et de terminologie
ainsi que de francisation de l’Administration et des entreprises
;
- assurer le respect de la loi, surveiller l’évolution
de la situation linguistique au Québec et en faire rapport,
au moins tous les cinq ans, au ministre responsable de la politique
linguistique.
L’Office a adopté, en mars 2004, une
politique de l’officialisation linguistique pour l'élaboration
d'une norme de référence qui s'applique aux situations
officielles de communication. L’Office peut, sur proposition
du Comité d’officialisation linguistique, recommander
ou normaliser des termes et expressions qui sont publiés
dans la Gazette officielle, mais seuls les termes normalisés
sont d’usage obligatoire dans l’administration. Le législateur
oriente toutefois l’intervention de l’Office vers les
« lacunes terminologiques » ainsi que vers les «
termes et expressions qui font difficulté ». L'Office
a mis en place un programme de production terminologique centré
sur les secteurs d’activités prioritaires que sont
les nouvelles technologies de l’information et de la communication,
les sciences de la santé, les troncs communs industriel et
de gestion.
Le Grand dictionnaire terminologique (la banque de terminologie
du Québec) est le principal organe de diffusion de la terminologie
de l’Office. C’est un système d’information
qui prend la forme d’un vaste dictionnaire anglais-français
informatisé de plus de 3.000.000 de termes et d’un
répertoire de plus de 13.000 références à
des ouvrages de terminologie dont une des langues est le français.
Depuis 2000,
l’Office diffuse le GDT gratuitement dans l’internet
(w3.granddictionnaire.com).
Le GDT fait annuellement l’objet de plus de 50 millions de
recherches, dont une proportion importante provient de l’extérieur
du Québec. L’Office a développé des outils
de soutien linguistique, dont la Banque
de dépannage linguistique, également accessible
gratuitement dans l’internet, un service téléphonique
de consultations tarifées, un service gratuit d’aide
aux médias, des jeux linguistiques, etc.
Suisse
L’allemand, le français, l’italien et le romanche
sont les langues nationales de la Suisse.
La Confédération ne dispose pas d’une organisation
sous forme de commissions de terminologie.
La Chancellerie, par l’entremise de sa Section de terminologie,
coordonne tous les travaux entrepris au sein de l’administration
fédérale pour traiter la terminologie, essentiellement
celle qui est véhiculée par les textes législatifs
et réglementaires. Cette terminologie est mise à la
disposition de tous les organismes publics suisses par le biais
d’une banque de terminologie, nommée TERMDAT.
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Les moyens d’action et de diffusion
Chaque commission spécialisée doit
disposer au sein du ministère auquel elle est rattachée
d’un appareil administratif qui assure la coordination des différentes
activités terminologiques et relaie la diffusion de ses travaux
à l’intérieur de l’administration et auprès
de ses partenaires.
L'internet est également utilisé à la fois comme
instrument de travail et comme canal privilégié de diffusion.
Toutes les listes publiées par la Commission générale
sont disponibles sur le site de la délégation générale
à la langue française et aux langues de France (www.dglf.culture.gouv.fr)
qui les diffuse également sous forme de brochures thématiques.
La banque de données CRITER (Corpus du réseau interministériel
de terminologie), d'accès libre et gratuit, regroupe l’ensemble
des termes publiés au Journal officiel.
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FranceTerme (www.franceterme.culture.fr)
FranceTerme, la plateforme de ressources
terminologiques officielles de la délégation générale
à la langue française et aux langues de France, comprend
désormais l’ensemble des termes publiés au Journal
officiel par la Commission générale de terminologie
et de néologie, soit environ 4 000 termes français
avec leur définition et leurs équivalents en langue
étrangère.
Cette base est destinée à tous ceux qui sont curieux
de la langue française, à tous ceux qui veulent connaître
de quelle façon sont désignées en français
les notions nou-velles qui ne cessent d’apparaître dans
les sciences et les techniques. Elle intéressera en particulier
les person-nels de l’administration auxquels il est fait obligation
d’employer les termes qui entrent en vigueur lors de leur
parution au Journal officiel ainsi, bien entendu, que les traducteurs
et terminologues.
Elle couvre de très nombreux domaines techniques dans les
secteurs de pointe de l’information et de la communi-cation
(internet, informatique), des sciences (chimie, ingénierie
nucléaire, sciences et technique spatiales), de l’industrie
(automobile, pétrole), de l’économie et des
finances, de la santé, de la défense, de l’agriculture,
des transports, en fait tous les domaines de compétence des
différents ministères.
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La Commission générale de terminologie
peut remplir pleinement son rôle de coordination entre les différents
partenaires du dispositif, grâce à une collaboration fructueuse
notamment avec l'Académie française et les institutions
francophones et poser des bases méthodologiques pour les travaux
d’enrichissement de la langue française.
La Commission générale et les commissions spécialisées
de terminologie et de néologie assurent de front le traitement
du programme de travail terminologique et la fonction de veille néologique
que leur confie le décret. La Commission générale
a instauré une procédure pour traiter directement certains
besoins terminologiques particuliers, de sa propre initiative ou à
la demande des pouvoirs publics.
Par exemple, les termes et recommandations : euro, options sur titres,
courriel, arme DBS, ont ainsi été publiés au
Journal officiel.
Le dispositif a également une compétence générale
en matière de langue française. Ainsi la Commission générale
a été amenée à produire en 1998 un rapport
sur la féminisation
des noms de métier, titre ou grade.
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Quelques termes nouveaux
Pour créer un terme, il n’existe
pas de recette préétablie.
Elargir le sens d’un mot existant, forger le mot de toutes
pièces sur des racines grecques ou latines, traduire ou transposer
un terme étranger, faire de deux mots com-posés un
nouveau terme, réarranger ou développer un sigle…
le tout est de trouver le mot sans perdre le sens !
Arme DBS
Il y a quelque temps les journaux étaient pleins du mot flashball,
au moment où il était question d’équiper
la po-lice de cette arme qui projette des balles de caoutchouc…
Contrairement aux apparences, le mot est trompeur, il ne s'agit
pas d'une balle, mais d'une arme et il ne s’agit pas d’un
mot anglais, mais d’une marque déposée bien
fran-çaise, inventée par un Lorrain du nom de Pierre
Richert.
Définir le terme ne posait pas de difficulté, on disposait
même sur l’internet des photos du catalogue de vente
donnant toutes les spécifications techniques de l’objet.
En revanche le choix du terme lui-même n’a pas été
facile, on a fini par retenir arme de défense à balles
souples, abrégé en DBS (30/01/03), ce qui, pensons-nous,
est assez percutant…
Remnographie
Un pur néologisme. Qui en trouvera l’étymologie
? Pour graphie, c’est simple. Mais remno ? Ce mot est introu-vable
au jardin des racines grecques ! Il s’agit tout sim-plement
de la forme vocalisée de l’abréviation RMN (ré-sonance
magnétique nucléaire) qui désigne une méthode
de pointe d’investigation médicale : après la
radiographie et l’échographie, on dispose maintenant
de la remnographie.
Émission-débat ou débat-spectacle
Dans l’univers médiatique où le spectacle tient
une place prépondérante, il n’est pas toujours
facile de distinguer les genres. À la télévision
les talk-shows se suivent, mais ne se ressemblent pas forcément.
On a donc le choix en français entre une émission-débat,
menée par un journaliste et destinée d’abord
à informer le public, ou un débat-spectacle où
officie un animateur et qui met l’accent sur le spectacle
et le divertissement. À chacun ses préférences.
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Le fonctionnement et les principes de travail
Les relations avec
l’Académie française
L’Académie française, à qui le décret
du 3 juillet 1996 réserve une place et un rôle éminents,
en tant que membre de droit de toutes les commissions et instance ultime
d’approbation des termes, participe très activement aux travaux
de terminologie et de néologie et veille à rendre ses avis
avec célérité. Sa présence, à travers
le Service du Dictionnaire, aux réunions de toutes les commissions
spécialisées permet un dialogue fructueux, tout au long
des étapes de l’examen des termes, entre spécialistes
du domaine et spécialistes de la langue et du lexique.
Les
principes de travail retenus par la Commission générale
de terminologie
- Le champ de compétence
Les administrations, les organisations internationales, mais aussi l’ensemble
des professionnels et des scientifiques et même, parfois, le grand
public, attendent, dans des délais de plus en plus courts, des
réponses à leurs demandes concernant la façon de
désigner ou de traduire en français, les réalités
nouvelles. Le domaine d’intervention prioritaire du dispositif
d’enrichissement de la langue française, sur lequel doivent
se concentrer les efforts, est donc la néologie des langages
de spécialité.
Aussi, la Commission générale de terminologie et de néologie
prend soin de distinguer ces travaux, qui constituent sa mission première,
d’autres activités, voisines, mais assurées par
d’autres organismes : la normalisation technique, qui comporte
fréquemment un volet terminologique ; la terminologie juridique
ou purement administrative, qui relève des autorités chargées
de créer ou d’appliquer le droit ; enfin, la lexicographie,
qui consiste à étudier ou définir les mots de la
langue générale, et qui relève des auteurs de dictionnaires,
au premier rang desquels figure le Dictionnaire de l’Académie
française.
- Les critères de choix des néologismes
En matière de néologie, la Commission générale
a dégagé quelques critères simples devant présider
à l’adoption des nouveaux termes. La nécessité
: la création d’un nouveau terme est-elle indispensable
pour désigner la notion ? La transparence : le terme est-il immédiatement
associé à la réalité ou à la notion
qu’il désigne ? La bonne formation : le terme respecte-t-il
le système morphologique et syntaxique du français ?
- Les définitions
Contrairement aux normes techniques, les listes élaborées
par le dispositif d’enrichissement de la langue française
ne s’adressent pas à des spécialistes, et le but
des définitions est d’abord d’éclairer le
public sur la notion que recouvre le terme. C’est pourquoi la
Commission générale veille à ce que les définitions
des termes qu’elle publie au Journal officiel soient formulées
d’une façon qui soit claire et compréhensible pour
un large public.
Terminologie, traduction et
plurilinguisme
Les activités de traduction sont visées
par le décret du 3 juillet 1996, qui dans son article premier donne
mission à la Commission générale de terminologie
et de néologie « de promouvoir le plurilinguisme ».
Cet objectif implique de favoriser les activités de traduction
vers et à partir du français, notamment en encourageant
la collecte de données terminologiques et leur structuration en
banques de données d’accès facile et rapide.
D’un point de vue plus général, le développement
croissant de la coopération internationale entre administrations
ou services publics, notamment dans le cadre européen, renforce
le besoin d’outils favorisant le passage d’une langue à
une autre. Les travaux terminologiques, qui impliquent la clarification
des concepts, préalable à toute traduction, sont donc au
centre de ces préoccupations.
L’accent mis sur la traduction et le plurilinguisme jette un éclairage
nouveau sur les travaux institutionnels de terminologie et élargit
l’horizon traditionnel du dispositif.
D’autre part, la délégation générale
à la langue française et aux langues de France contribue
à la réflexion sur les questions relatives au traitement
informatique de la langue et encourage les actions menées pour
développer et renforcer la présence du français sur
les réseaux.
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